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Interview de Sophie Beaupère, Déléguée Générale d’Unicancer

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Sophie Beaupère, Déléguée générale d’Unicancer

Sophie Beaupère a le sens de l’intérêt général chevillé au corps. Elle a choisi de traduire son engagement de manière opérationnelle en embrassant la carrière de directrice d’hôpital. À la tête d’UNICANCER, elle entend développer le modèle de management particulièrement efficient des centres de lutte contre le cancer. Elle nous parle d’intelligence collective et de l’enjeu de former les dirigeants d’établissements de santé de demain.

Pouvez-vous nous raconter ce qui a motivé votre parcours professionnel ?

J’ai toujours eu envie de servir l’intérêt général. Après Sciences Po Paris, j’ai suivi un Master 2 de gestion publique à Paris Dauphine, puis passé le Concours de directeur d’hôpital. Lors de mon premier stage hospitalier au sein de l’APHP à l’Hôpital Saint-Louis, j’ai découvert l’hématologie et la cancérologie, deux disciplines médicales très exigeantes. J’ai fait la connaissance de professionnels d’une grande qualité humaine, tant du côté des médecins, des paramédicaux que de l’administration.

À l’époque déjà, j’ai été marquée par la grande richesse qu’offre cette mixité de profils. En effet, la particularité des centres de lutte contre le cancer (CLCC) est de ne pas fonctionner en silo mais en synergie. J’ai débuté comme directrice des finances à Gustave Roussy, puis exercé en tant que directrice générale adjointe au centre Léon Bérard à Lyon pendant 6 ans. Il y a un an, j’ai accepté le poste de déléguée générale d’UNICANCER pour cultiver cette capacité à travailler ensemble que favorise le modèle organisationnel de nos centres.

UNICANCER fédère 18 centres de lutte contre le cancer. C’est aussi un groupement de coopération sanitaire. Nous mutualisons les achats, un système d’information RH (SI de paie, remontée de données sur l’absentéisme, les niveaux de rémunération par profession…) et des programmes de recherche pour 20 établissements*. En tant que branche professionnelle, nous représentons 22 000 salariés et négocions avec les partenaires sociaux.

* : le groupement intègre l’Institut Sainte-Catherine Avignon Provence et l’Institut polynésien de cancérologie.

Quels sont les jalons ou les personnes qui vous ont aidée tout au long de votre parcours ?

Dans un parcours, ce sont moins les étapes qui comptent que les rencontres ; celles qui créent des envies, ouvrent des chemins ou encore, permettent de faire ses preuves. La gouvernance des CLCC repose sur un binôme extrêmement complémentaire composé d’un directeur général médecin chercheur et d’un directeur général adjoint au profil de directeur d’hôpital. Il s’agit du modèle des hôpitaux publics à l’international.

Le médecin dispose d’une légitimité à la tête de l’établissement. Il impulse une vision scientifique et médicale et travaille étroitement avec le DGA, lui-même en charge du pilotage des ressources humaines, des finances, de la communication… et globalement, de mettre en œuvre une vision stratégique. À travers mon expérience, j’ai pu observer de quelle façon chacun s’enrichit en comprenant le métier de l’autre, ses contraintes et ses aspirations.

« À l’heure du débat sur la gouvernance des établissements de santé, les centres de lutte contre le cancer démontrent qu’il est possible de fonctionner avec des circuits hiérarchiques simples et courts, des responsabilités claires et des départements médicaux autonomes. »

UNICANCER a vocation à promouvoir ce modèle très intégré entre les différents corps de métiers, particulièrement adapté à la cancérologie en termes de prise en charge coordonnée des patients et de concertation multidisciplinaire. Les membres des équipes de direction ne sont pas issus d’un même corps. Ils viennent d’horizons variés : public, privé, entreprise parfois.

« Cette diversité de profils, issus de la promotion interne ou apportant un regard neuf, est un facteur d’intelligence collective, y compris en situation de crise. Nous devons encourager cette pluralité. »

Quels sont les leviers de transmission vers les futurs leaders à impact positif ?

Les questions de transmission doivent se préparer à l’avance. Au sein d’UNICANCER, nous élaborons une formation exécutive ouverte aux médecins chefs de service et chefs de département, dont la première promotion d’une dizaine d’élèves débutera en 2023. Cette formation managériale de haut niveau est pensée pour leur donner les clés du système de santé, notamment approfondir les volets management et communication.

« Notre ambition est de créer une communauté de futurs DG sensibilisés aux enjeux de ce poste, si différent de celui de  médecin, de sorte à mieux anticiper les départs à la retraite. »

Développer des projets médicaux d’envergure demande de cultiver différentes facettes : des compétences médicales et scientifiques, bien sûr, mais aussi des qualités humaines et relationnelles. En effet, un directeur de centre doit être reconnu par les partenaires sociaux, l’ARS, le président du conseil d’administration, UNICANCER… Dans un univers aussi complexe qu’un établissement de santé, les soft skills sont indispensables.

De quelle façon peut-on accompagner les futurs dirigeants pour les fidéliser et les faire grandir ?

Les ressources humaines constituent le sujet n°1 des établissements. Bien que nous proposions un exercice assez flexible, qui autorise à faire de la recherche, de la clinique ou à avoir du temps détaché, les CLCC sont confrontés aux mêmes problématiques d’attractivité que l’hôpital public. Dans ce contexte, les directeurs nous remontent leur difficulté à comprendre les attentes des nouvelles générations. À ce titre, UNICANCER lance un travail sociologique universitaire pour analyser cette multiplicité d’attentes des professionnels car notre enjeu est de les fidéliser dans nos structures.

Les CLCC offrent de nombreuses opportunités et un sentiment d’utilité évident. Un cadre qui souhaite évoluer vers les fonctions de direction peut bénéficier d’une promotion interne et d’une formation de type Executive MBA. Il est impossible de s’ennuyer tant le monde de la santé et des établissements est en perpétuelle évolution, avec des progrès à la fois scientifiques et organisationnels.

« Rejoindre notre secteur, c’est participer à des transformations sociales très concrètes comme inventer la prise en charge des patients et des aidants de demain. La perspective de changer leur quotidien est passionnante et très valorisante. »

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