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Histoire de rebond avec François Gautier

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Histoire de rebond avec François Gautier

François Gautier, diplômé de l’ESCP et d’Harvard Business School, a effectué une carrière exemplaire au sein de multinationales américaines à des fonctions monde marketing et direction générale. Il a entamé une deuxième carrière dans l’associatif, en prenant la direction générale de l’Ordre de Malte France (2000 salariés, 9400 bénévoles en France et 27 pays francophones). Il a accepté de se confier sur la manière dont il a entrepris ce virage, conjointement aux consultants de YourVoice et de Springbok. 

Qu’est-ce qui a déclenché votre changement de trajectoire, de l’entreprise multinationale au monde associatif ?  

« Depuis quelques années, je me posais la question de savoir ce que j’avais envie de faire de mes 10 dernières années de vie professionnelle et du sens que je voulais leur donner.

En 2013, après 28 ans passionnants, j’ai quitté American Express. En parallèle, des événements personnels m’ont amené à regarder les choses autrement. Je me suis occupé en effet de proches malades, et je ne me voyais plus retourner au sein d’une multinationale. J’avais certes été impliqué dans différentes associations, comme responsable de levée de fonds pour la Fondation ESCP ou autres mais là, j’ai senti que c’était le moment de changer et de consacrer mes compétences et mon temps à autre chose : je pensais que je pouvais être plus utile en me consacrant au monde associatif et je voulais rendre ce que j’avais reçu.

Mon éducation a beaucoup joué, toute ma famille s’impliquait dans l’associatif, les circonstances de la vie aussi, quand j’étais enfant, mon père est devenu aveugle et le frère de mon épouse est autiste. Autour de moi, j’ai commencé à avoir de plus en plus d’exemples avec ce sentiment de « rendre ce qu’on nous a donné ».  Après coup, ce choix est devenu évident. J’ai simplement mis du temps à comprendre cela. »

Sur quoi vous êtes-vous appuyé pour réussir ce changement ? 

« Je me suis appuyé sur mon réseau et ma famille.

Le plus important pour moi a été de développer ma connaissance du monde associatif, et j’ai rencontré beaucoup de monde pour cela : salariés, bénéficiaires et  bénévoles. J’avais besoin de sélectionner une cause où ça matchait et qui me prenne aux tripes. Je devais trouver un équilibre entre mes compétences, mes envies et ce qui me touchait, mais pas de trop : j’aurais eu du mal avec une association de chiens d’aveugles par exemple, cela m’aurait trop ramené à ma propre histoire familiale.

De plus, des professionnels m’ont conforté dans le fait que mon profil pouvait intéresser des organisations associatives, si j’ajoutais à mon parcours un volet bénévolat, le management des bénévoles étant très spécifique.

Je me suis alors impliqué dans deux associations, une en France, 1001fontaines, et une en Angleterre, pour l’accompagnement de création de start-up dans des pays en développement. J’ai accompli des missions au Cambodge, en Inde et au Maroc et je me suis rendu compte que mes compétences pouvaient servir. Travailler avec des bénévoles et des salariés sur le terrain humanitaire m’a vraiment plu. 1001fontaines était aussi très professionnelle dans son approche. J’étais content de voir que mes talents pouvaient être utilisés autrement. Le bénévolat a été très enrichissant mais à terme je recherchais toutefois un poste de salarié, je n’avais que 57 ans.

Il a fallu que je me débarrasse de mon costume de cadre international, de mon profil corporate. Cela a été crucial pour moi de savoir me mettre à l’écoute de personnes avec des cultures différentes et une très forte implication émotionnelle. Au fond la difficulté, c’est de se comprendre. Il faut avoir une grande capacité d’écoute et d’empathie.

Ma famille a aussi eu un rôle clé car cela a impliqué un certain changement de vie. Mais cela leur semblait évident que c’était ce que je devais faire. »

En quoi ce nouveau projet est cohérent avec la personne que vous êtes ?  

« Après coup, ce projet me parait évident, j’y trouve un véritable sens et je suis ravi. Il y a un fil conducteur avec mes différentes expériences professionnelles et personnelles. Toutes me servent.  Mon expérience d’aidant auprès de mon père et mon beau-frère me permet de comprendre les envies et les besoins qu’expriment les familles de personnes fragilisées par la maladie. Mon expérience de DG dans différents pays dans des entreprises de service avec des cultures variées est clé aussi bien sûr. L’expérience de bénévole aussi car je comprends la sensibilité et le besoin d’appartenance et parfois aussi de reconnaissance pour certains. » 

Quels conseils donneriez-vous pour les personnes qui souhaitent changer ?

« Bien réfléchir et ensuite ne pas hésiter !

Trouver l’association qui corresponde à vos valeurs, dans laquelle vous vous sentirez bien et vous pourrez vous impliquer à fond avec salariés et bénévoles et dont vous pourrez être l’ambassadeur. Il y  a forcément une association pour vous  parmi la multitude : 12% du PIB, 14% des emplois avec 2 millions d’emplois.

Le monde associatif a encore besoin de se professionnaliser. Des profils extérieurs à ce monde ont des compétences qui y sont transposables. Même si l’approche des ressources humaines est différente, le savoir-faire reste le même. Pour un directeur général, si on a la volonté, les qualités professionnelles et humaines, avec une certaine sensibilité, il y a vraiment quelque chose à transposer du privé au secteur associatif.

Une surprise pour moi : les horaires ne sont pas les mêmes en association. Il faut se rendre disponible pour les bénévoles qui eux ne le sont qu’« en dehors des heures de bureau ». On peut donc être amené à travailler davantage en association qu’en entreprise. Aussi, il y a une telle implication, qu’on peut en oublier de fixer des limites. Un salarié est souvent également bénévole. Cela peut poser problème, il faut savoir mettre une barrière.

Pour prendre la décision de travailler dans le tiers secteur, il faut en parler avec sa famille et ses proches, ainsi qu’à des gens qui connaissent bien le milieu associatif. Il peut en effet être difficile de revenir dans le privé. Il y a encore chez certaines personnes en entreprise une forme d’incompréhension de ce type de démarche, alors qu’à mon sens les expériences sont transposables dans les deux sens. Nous sommes plusieurs qui avons travaillé dans les deux mondes et qui essayons de créer des ponts.

Les salaires évoluent dans l’associatif, le choix devient par conséquent moins difficile.

Je comprends cependant que tout le monde ne veuille pas changer. J’ai 60 ans maintenant, je pense avoir fait mes preuves, je ne suis pas à la recherche de reconnaissance et mes besoins financiers sont moindre. Plus jeune je n’aurais peut-être pas franchi ce cap.

Cependant le monde change et même à Harvard Business School, aujourd’hui 10% des diplômés vont travailler dans le milieu solidaire et l’Ecole les aide financièrement : si les jeunes diplômés passent 3 ans dans l’économie sociale et solidaire, l’école rembourse leurs frais d’études. C’est selon moi une excellente idée et une vraie reconnaissance de l’importance de faire évoluer les mentalités ! »

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