Interview
Interview de Philippe Denormandie, Chirurgien, Conseiller santé de NEHS MNH
16 août 2020 · Luc Meuret

Très tôt, via nos contacts à l’hôpital et en EHPAD, il nous est apparu que la situation sanitaire générait une grande tension psychologique chez les soignants. Grâce au soutien financier de la famille Bettencourt, nous avons pu coordonner le développement de la plateforme SPS, qui existait déjà. En très peu de temps, nous avons fédéré de nombreux partenaires : syndicats, fédérations, institutions…, qui ont été autant de relais pour faire connaitre le...
Vous avez mis en place une plateforme d’aide et d’accompagnement psychologique pour les personnels soignants. Quel est l’état des RH à l’hôpital et dans le médico-social ?
Très tôt, via nos contacts à l’hôpital et en EHPAD, il nous est apparu que la situation sanitaire générait une grande tension psychologique chez les soignants. Grâce au soutien financier de la famille Bettencourt, nous avons pu coordonner le développement de la plateforme SPS, qui existait déjà. En très peu de temps, nous avons fédéré de nombreux partenaires : syndicats, fédérations, institutions…, qui ont été autant de relais pour faire connaitre le numéro d’appel. La plateforme offre la possibilité aux soignants, qui se sentent en souffrance, d’avoir un contact avec des psychologues 24h/24 et 7j/7. Nous avons reçu plus de 3 000 appels.
Au regard des chiffres, on constate que la crise sanitaire a impacté majoritairement les infirmières et les aides-soignantes et, dans une moindre mesure, les médecins. Des cadres ont téléphoné pour accompagner leurs équipes ou parce qu’ils étaient eux-mêmes en difficulté. Nous avons également enregistré une augmentation des appels des professionnels du médico-social.
***« Nous notons une tendance à l’aggravation ces six dernières semaines. ******Environ 15 % des appelants sont dans une situation critique qui nécessite ***qu’on les réoriente vers leur médecin, un psychologue ou un psychiatre. »
Nous savons que la crise sanitaire va durer et la reprise de l’activité normale va s’ajouter au poids du COVID. Deux organisations vont se confronter ; les équipes COVID considérant qu’elles restent prioritaires. Par ailleurs, le retour du personnel transféré ou de ceux qui ne pouvaient pas travailler pour des raisons personnelles importantes peut donner lieu à un certain ressentiment : « j’y étais, tu n’y étais pas ». La période risque d’être source de tension et d’anxiété. C’est pourquoi nous menons une enquête1 pour définir les besoins d’accompagnement psychologique des soignants, en complément de la plateforme.
« Les premiers résultats font apparaître une ré-interrogation très forte de l’encadrement. Le mode de management très vertical va forcément être questionné pour privilégier l’accompagnement des équipes plutôt que la direction d’équipe. »