Événement

Fonction publique hospitalière : le statut, bouclier ou carcan ?

29 mai 2026 · Luc Meuret

Quarante ans après la création du statut particulier de la fonction publique hospitalière, Santexpo 2026 a osé la question qui fâche : cette construction, pilier de l'hôpital public, est-elle encore adaptée aux défis d'aujourd'hui ? Entre fierté et lucidité, le débat a été à la hauteur de l'enjeu.

Paris, 20 mai 2026

Édito

Dans mon métier, je rencontre régulièrement des professionnels issus des trois versants de la fonction publique : agents territoriaux, fonctionnaires d'État, hospitaliers. Et j'entends souvent, chez les managers hospitaliers en particulier, les limites du statut exprimées avec une certaine lassitude. À un moment où il est plutôt de bon ton de vanter les mérites des modes de gestion privés dans les établissements de santé, je me posais honnêtement la question : qu'est-ce qu'il se dit, de l'intérieur, chez ceux qui défendent encore ce modèle ? J'ai assisté à cette table ronde avec une curiosité teintée de scepticisme. Je suis reparti avec un regard nuancé. Les fondements de la fonction publique hospitalière, le mérite, l'équité, la vocation de service, restent, à l'épreuve des arguments, assez convaincants. Mais ne mérite-t-elle pas quelques mises à jour sérieuses pour se mettre parfaitement à l'unisson des évolutions et des desiderata actuels : mobilité, progression de carrière, reconnaissance des compétences ? Le statut tient. Mais il doit apprendre à bouger.

Il est des anniversaires qui invitent à la célébration. D'autres qui obligent à la franchise. En choisissant, pour cette édition 2026 de Santexpo, de consacrer une table ronde aux quarante ans du statut de la fonction publique hospitalière, la Fédération Hospitalière de France a clairement opté pour la seconde option.

Le casting était à l'image de l'ambition : un ex-ministre passé de l'autre côté du miroir, Stanislas Guerini, une directrice générale de CHU en prise directe avec le terrain, Floriane Rivière, un haut fonctionnaire garant de la doctrine, Boris Melmoux-Eude, et la présidente d'une association de jeunes agents publics qui osent questionner le système de l'intérieur, Johanne Fora-Porthault.

Ce qui en est sorti n'était ni un procès, ni une hagiographie. C'était, avec ses pudeurs et ses éclats, quelque chose de rare dans le monde institutionnel : une conversation honnête.

L'excellence : ce que le statut promet

Avant d'interroger le statut, encore fallait-il définir ce qu'il est censé produire. Stanislas Guerini a ouvert les hostilités avec une formule qui a traversé tout le débat :

L'excellence, elle ne se décrète pas, au sens premier du terme. Elle se fabrique, au quotidien, à travers l'action de chacun des 5,7 millions d'agents publics.

Stanislas Guerini

Une façon élégante de dire d'emblée que le statut n'est pas l'excellence : il en est, au mieux, le cadre. Et que le cadre n'a de valeur que si les hommes et les femmes qui l'habitent lui donnent corps.

Boris Melmoux-Eude, directeur général de l'Administration et de la Fonction Publique, a défendu la cohérence du modèle avec une conviction tranquille. Le concours d'abord : mécanisme de sélection par le mérite, principe d'égal accès aux emplois publics que la Déclaration des droits de l'homme résumait déjà par « leurs vertus et leurs talents ». La carrière ensuite : cette logique d'accumulation d'expérience et de compétences que traduit l'avancement progressif, si souvent raillé et pourtant si rarement remplacé par quelque chose de meilleur.

Si un pays a la fonction publique qu'il mérite, alors la France est un grand pays.

Boris Melmoux-Eude, DGAFP

Il faut entendre cet éloge pour ce qu'il est : non du triomphalisme, mais un rappel salutaire dans un débat public où le « fonctionnaire bashing » tient souvent lieu d'analyse. La fonction publique française, 5,7 millions d'agents, trois versants, des milliers de métiers, est enviée à l'étranger. Elle a prouvé, notamment lors de la crise Covid, une capacité de résilience et de mobilisation collective que peu de systèmes bureaucratiques au monde peuvent revendiquer.

Stanislas Guerini l'a confirmé avec une anecdote saisissante : c'est en visitant les services de soins, pas depuis les tribunes de ministre, qu'il a compris ce qu'est vraiment l'excellence publique. Un patient en fin de vie qui parle, non de sa maladie, mais de l'ordinateur cassé de l'infirmière que personne n'a remplacé depuis deux jours. L'excellence empêchée par le détail quotidien. Le grand écart entre le texte fondateur et le réel.

L'excellence empêchée : le réquisitoire tranquille

Tous les participants l'ont admis avec une franchise inhabituelle dans ce type de forum : les agents hospitaliers aspirent à l'excellence, mais se heurtent chaque jour à un système qui la rend difficile. Le mot qui a circulé, formulé par Floriane Rivière, résume tout : « excellence empêchée ».

Floriane Rivière, directrice générale du CHRU de Tours, a choisi d'aller à revers de la rhétorique officielle. En interrogeant ses 13 000 agents, elle ne trouverait pas un seul qui lui dise atteindre l'excellence telle qu'il la conçoit. Tous y aspirent. Tous manquent de quelque chose pour y parvenir.

On a un sentiment, qui revient très régulièrement, de qualité empêchée. Je le retraduirai : excellence empêchée. L'enjeu est de traduire l'excellence individuelle en excellence collective.

Floriane Rivière, DG du CHRU de Tours

Cette formule, excellence empêchée, dit quelque chose de fondamental : le problème n'est pas l'intention, ni la compétence. C'est le système qui grince. Et les points de friction sont nombreux.

Premier angle mort : les conditions de travail. Stanislas Guerini a eu le mérite de nommer ce qui se dit rarement aussi clairement à une tribune institutionnelle. Dans l'État, et le versant hospitalier n'est pas en reste, un million d'agents, sur 2,2 millions, n'avaient pas de mutuelle avant la réforme de la protection sociale complémentaire. Un million. Des professionnels de santé, souvent précaires dans leur propre couverture santé. « Un scandale », a dit l'ancien ministre, avec une liberté de ton que sa sortie du gouvernement lui autorise désormais.

Deuxième fracture : l'inégalité salariale. Le versant hospitalier compte 78 % de femmes. C'est le versant le plus féminisé des trois fonctions publiques. C'est aussi, sans surprise, celui où les inégalités de rémunération entre femmes et hommes restent les plus criantes. L'usure professionnelle y est massive, documentée, et encore insuffisamment prise en charge.

Troisième impasse : la santé mentale des agents. Johanne Fora-Porthault, dont l'association FP21 rassemble les jeunes entrants dans la fonction publique, a pointé avec précision ce que les chiffres confirment : parmi les quatre priorités des jeunes au travail, selon l'Institut Montaigne, figure l'environnement non stressant. Or les risques psychosociaux à l'hôpital sont une réalité documentée, mal appréhendée, et souvent traitée par le silence institutionnel.

Quand il y a un risque physique, on sait quoi faire. Quand il est question de santé mentale, c'est plus flou. On a encore une exigence à aller travailler sur ces enjeux-là.

Johanne Fora-Porthault, présidente de FP21

Quatrième signal d'alarme : la fuite des talents. Un chiffre, sorti par Johanne Fora-Porthault, mérite d'être gravé quelque part : un cinquième des jeunes agents publics quittent la fonction publique dans les premières années de carrière. Non par déception, mais faute de perspectives perçues. Les dispositifs existent, détachement, disponibilité, mobilité inter-versants, mais ils sont mal connus, mal accompagnés, et le dialogue RH peine à les valoriser.

Cinquième tension : le rapport au statut des nouvelles générations. Paradoxe vertigineux : les jeunes cherchent du sens, s'engagent pour l'intérêt général, et pourtant ne pensent pas spontanément à la fonction publique. Et quand ils y entrent, certains voient le statut comme une cage. Johanne Fora-Porthault en fait partie : elle a reconnu, avec désarmante honnêteté, avoir elle-même ressenti cette peur du statut en débutant. Avant de comprendre que c'était l'inverse.

Le statut me faisait peur, il m'enfermait. En fait, c'est tout le contraire : c'est parce qu'on est fonctionnaire qu'on peut passer d'une thématique à l'autre, qu'on nous fait davantage confiance.

Johanne Fora-Porthault

Et puis il y a le sujet dont personne n'aime parler : le fameux débat sur les « 30 % d'administratifs » à l'hôpital. Floriane Rivière a pris la peine de démonter le chiffre avec rigueur : 5 % seulement travaillent dans les fonctions supports classiques, RH, finances. Le reste, secrétaires médicales, logistique, recherche, participe directement au fonctionnement des soins. Pointer « l'inflation administrative » sans faire cette distinction, c'est nourrir un fantasme politique tout en désespérant des professionnels qui font un travail invisible et indispensable.

Les ressorts de la résilience : ce que le statut protège vraiment

Face au réquisitoire, les défenseurs du modèle ont leur propre jeu de preuves. Et elles ne sont pas minces : la fonction publique hospitalière a prouvé, au fil des crises, une capacité de mobilisation collective que peu d'organisations publiques peuvent égaler.

Le Covid a tout changé dans la façon dont les hospitaliers regardent leur statut. Pas parce qu'il a tout résolu, la crise a au contraire mis en lumière des vulnérabilités structurelles. Mais parce que, au moment où tout vacillait, c'est ce collectif singulier, forgé par des années de statut partagé, de valeurs communes, de formation professionnelle similaire, qui a tenu. Floriane Rivière a choisi le mot juste : « champions de la résilience ».

À l'hôpital, nous sommes les champions de la résilience. Et c'est une des pierres angulaires du système. Je partage résolument votre optimisme.

Floriane Rivière

Stanislas Guerini a complété en rappelant comment le Covid avait incarné, malgré lui, un modèle de management public qu'on n'ose pas toujours pratiquer en temps normal : pilotage par objectifs simples, subsidiarité, droit à l'initiative, humilité assumée. Un Premier ministre qui dit « je vais vous dire ce que je sais et ce que je ne sais pas », et qui, contre toute attente, n'y perd pas son autorité, il la renforce.

Le statut, par ailleurs, n'est pas cet objet figé que ses détracteurs aiment brandir. Il a été modifié plus d'une centaine de fois depuis 1946. Le statut originel de Maurice Thorez, beaucoup plus court que sa version actuelle, Stanislas Guerini l'avait affiché dans son bureau de ministre, contenait déjà tout : l'accès par le mérite, la reconnaissance des compétences, l'adaptabilité comme principe. Ce que le statut promet n'est pas périmé. Ce sont parfois ses traductions réglementaires qui le sont.

L'équité entre agents est une autre valeur cardinale que le statut protège. Floriane Rivière l'a dit sans détour : quelles que soient les critiques que les jeunes génèrent sur le statut, la garantie d'équité de traitement entre agents reste, à l'hôpital, une valeur extrêmement forte. Dans un milieu où les tensions hiérarchiques sont vives et les inégalités réelles, le statut joue un rôle régulateur que rien d'autre ne remplacerait.

La mobilité, enfin, est un atout sous-exploité. Contrairement à ce que le jeune entrant croit souvent, le fonctionnaire peut naviguer entre thématiques, entre versants, entre métiers, avec une liberté que le salarié du privé, enfermé dans son profil de poste, n'a pas. L'inter-versants se développe : dans les adhérents de FP21, une grande majorité des moins de 35 ans sont déjà passés par au moins deux versants de la fonction publique. Le cadre le permet. La pédagogie fait défaut.

Le vrai débat : la compétence contre la case

Au fond des échanges, une ligne de fracture s'est progressivement dessinée. Elle n'oppose pas les défenseurs du statut à ses contempteurs. Elle oppose deux philosophies de gestion publique.

D'un côté : le pilotage par les cases. On entre dans un versant, dans une catégorie, dans un grade. On y reste. On avance à l'ancienneté. On obtient une prime calibrée sur un corps, pas sur un engagement. Ce modèle a sa cohérence, mais il produit des situations que Stanislas Guerini a qualifiées d'injustes : des secrétaires de mairie avec 25 ans d'expérience bloquées en catégorie C, incapables d'évoluer faute d'une voie statutaire adaptée. Il a fallu une loi, une loi entière, pour créer un dispositif de reconnaissance des acquis de l'expérience pour un seul métier.

On a des systèmes qui mettent les gens dans des cases dont il est trop difficile de sortir. Pour le même métier, tout est différent selon le versant où on est entré. Ce n'est pas possible.

Stanislas Guerini

De l'autre côté : le pilotage par les compétences. Non pas le nombre d'agents, ce débat « plus versus moins » qui épuise les responsables politiques sans jamais trouver de réponse, mais la bonne personne, au bon endroit, avec les bons moyens. C'est le fil conducteur que Stanislas Guerini a proposé comme boussole pour toutes les réformes à venir. Et c'est précisément là que l'intelligence artificielle s'invite dans le débat statutaire.

Car l'IA ne va pas simplement automatiser des tâches. Elle va remettre en cause la nature même des compétences utiles. Les agents de la DGFIP traquent déjà les piscines non déclarées avec du big data. Les comptes-rendus médicaux se génèrent en temps réel. Et demain, des agents IA feront à la place des humains des pans entiers de processus administratifs. Dans ce contexte, une fonction publique incapable de reconnaître et d'accompagner l'évolution des compétences sera condamnée à subir la révolution plutôt qu'à la piloter.

Si on n'est pas en capacité de porter cette adaptabilité, de faire de la vraie gestion prévisionnelle des compétences, on va se faire percuter par les chocs démographique, technologique et écologique simultanément.

Stanislas Guerini

Ce qui reste à faire : le chantier ouvert

La table ronde s'est terminée sur une question posée à chaque intervenant : un mot pour la fonction publique de demain. Stanislas Guerini a répondu sans hésiter : « l'adaptabilité ». Boris Melmoux-Eude a mis en avant « la résilience », autour de laquelle la DGAFP a structuré sa revue stratégique à l'horizon 2035-2050.

Ces deux mots ne s'opposent pas. Ils se complètent. Et ils dessinent le profil d'une fonction publique qui reste à construire.

Plusieurs chantiers concrets ont été nommés. La protection sociale complémentaire des agents hospitaliers d'abord, « les cordonniers les plus mal chaussés », a dit Boris Melmoux-Eude, dont la réforme, déjà menée pour l'État et en cours pour la territoriale, est encore attendue pour le versant hospitalier. L'égalité salariale femmes-hommes, qui ne relève plus d'une réforme statutaire mais d'une exigence d'exemplarité managériale. La mobilité inter-versants, que les jeunes pratiquent déjà de facto mais que les institutions n'accompagnent pas encore suffisamment.

Et puis l'exercice mixte. Floriane Rivière y revient avec conviction : la possibilité, pour une sage-femme, d'exercer à la fois à l'hôpital et en libéral. Pour un médecin, d'alterner entre clinique, recherche et fonctions administratives sans que le « retour en arrière » soit perçu comme une déchéance. Ces passerelles existent en droit, mais le cadre du cumul d'emplois reste étroit, et le regard porté sur celui qui change de trajectoire reste méfiant.

Une infirmière qui devient cadre et qui veut revenir dans son métier d'origine, aujourd'hui, c'est encore vécu comme quelque chose d'infamant. C'est inexplicable, et ça ne répond pas aux enjeux de modernisation.

Floriane Rivière

Johanne Fora-Porthault, pour clore, a rappelé l'urgence de mieux communiquer sur les possibilités qu'offre déjà le statut. Ce n'est pas un problème de droit. C'est un problème de pédagogie, de RH, de management de proximité. Les jeunes qui quittent la fonction publique après quelques années ne partent pas parce que le statut est mauvais. Ils partent parce que personne ne leur a montré qu'ils pouvaient y construire une carrière plurielle.

Quarante ans : l'âge de la lucidité

Quarante ans. C'est l'âge où l'on cesse de se demander si on a fait les bons choix, et où l'on commence à se demander comment les assumer pleinement. Le statut de la fonction publique hospitalière n'est ni le problème, ni la solution. Il est le terrain.

Ce que cette table ronde aura peut-être accompli, c'est de remettre les questions dans le bon ordre. Avant de réformer le statut, il faut remettre les ordinateurs en état. Avant de créer de nouveaux corps et grades, il faut que les agents aient une mutuelle. Avant de parler d'excellence collective, il faut que chacun puisse exercer son métier sans que le quotidien l'en empêche.

L'excellence empêchée n'est pas une fatalité. C'est un choix de priorités. Et ce choix appartient autant aux managers de proximité qu'aux législateurs.

L'égal accès aux emplois publics, avec pour seule distinction les vertus et les talents des citoyens. Cette phrase-là, c'est la Déclaration des droits de l'homme. On peut lui faire confiance pour nous avoir mis la barre haut.

Stanislas Guerini

Le texte fondateur, rappelé en clôture par l'ancien ministre, n'a pas pris une ride. C'est sa traduction quotidienne qui a besoin d'un sérieux coup de jeune.

Luc Meuret, associé

Le point de vue de Benoît Péricard

J'ai au compteur 32 ans de carrières dans les 3 fonctions publiques (État, hospitalière et collectivités locales) et 12 dans le privé, ce qui me permet d'apprécier une telle table ronde.

Certes, des perspectives (timides) de passerelles, de résilience sont évoquées mais, me semble-t-il, la question plus fondamentale de l'efficacité de l'État, et des statuts, n'est pas abordée. Si la population française est aujourd'hui déchirée entre une attitude individuelle encore attirée par un statut protecteur et d'autre part une critique parfois radicale des services publics, les cadres des différents statuts et notamment hospitaliers ne peuvent s'exonérer d'une analyse introspective voire d'une autocritique. Pour ma part, je suis consterné par l'incapacité du statut à protéger de l'inflation bureaucratique des normes qui a explosé depuis 24 ans.

L'indépendance et l'incarnation des fonctions exercées devraient figurer dans les conditions requises pour rénover le statut après 40 ans : une forme de démon de midi propre à cet âge !

Benoît Péricard est Senior Advisor chez YourVoice.


Table ronde « Le statut de la fonction publique hospitalière au service de l'excellence en santé d'aujourd'hui et de demain », proposée par la Fédération hospitalière de France, où sont intervenus : Stanislas Guerini, ancien ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Senior Partner chez Topix · Johanne Fora-Porthault, présidente de Fonction Publique 21 (FP21) · Boris Melmoux-Eude, directeur général de l'Administration et de la Fonction Publique (DGAFP) · Floriane Rivière, directrice générale du CHRU de Tours. Santexpo, Paris, 20 mai 2026.

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