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Et si, demain mon métier n’existait plus ?
19 août 2020 · Luc Meuret

Tout d’abord, nous avons largement prouvé notre capacité d’adaptation, d’agilité et de pluridisciplinarité. Contrairement à la génération précédente, les carrières linéaires, toutes tracées, sont devenues rarissimes.
Est-ce une si mauvaise nouvelle ?
Tout d’abord, nous avons largement prouvé notre capacité d’adaptation, d’agilité et de pluridisciplinarité. Contrairement à la génération précédente, les carrières linéaires, toutes tracées, sont devenues rarissimes.
Et puis, toute introspection est positive. Elle est l’occasion de nous demander ce que nous aimons faire. Embarqués dans nos parcours professionnels, nous avons trop peu l’occasion de nous poser cette question. La mise en danger des métiers actuels est l’occasion de nous interroger.** « Si je ne devais garder qu’une ou deux facettes de mon métier, lesquelles choisirais-je ? Parmi mes compétences, lesquelles auront une valeur sur le marché du travail ? Lesquelles représenteront un avantage concurrentiel par rapport à d’autres candidats ; par rapport à la machine ? »**.
Les hypothèses et projections qui nous sont proposées nous aident à orienter notre réflexion. Les new skills se dessinent autour de trois axes : des compétences liées à la maîtrise des nouvelles technologies ; des compétences 100 % humaines complétant les compétences de l’IA (et pour le moment non substituables) ; et une voie intermédiaire avec des professions à réinventer en y injectant des compétences en SI ou en analyse de data.
Prenons l’exemple du journalisme. Les ordinateurs ont prouvé leur capacité à rédiger des articles, certes faux, mais redoutablement crédibles. Un vrai danger pour nos démocraties qui montre de quelle manière le métier de journaliste va devoir se réinventer. D’ailleurs, peut-être est-ce l’occasion pour ce métier de retrouver sa vocation 1ère : être garant d’une information non manipulée. Dans L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie, le Dr Laurent Alexandre nous prédit des journalistes compulseurs de data dont le rôle sera essentiel : vérifier la véracité des informations. Si l’amour de la plume deviendra secondaire, les rôles d’investigation et de caution de « l’info vraie » seront sacralisés. Nous observons déjà la spécialisation de journalistes dans le fact checking. A n’en pas douter, ceux-ci vont consolider leurs compétences pour être en mesure d’analyser une montagne de données.
Les métiers du Marketing, déjà bien en phase avec l’intégration de l’IA pour connaître les consommateurs, devraient, quant à eux, renforcer la spécialisation entre les pros de l’analyse des comportements et leur anticipation, et les profils très créatifs non substituables.
Du côté de la médecine, déjà, en ophtalmologie et en radiologie, les machines posent des diagnostics plus fiables que l’homme, y compris à distance. Lorsque l’on connait les délais pour obtenir un rendez-vous dans certaines spécialités, il s’agit d’une véritable opportunité pour les patients. Cela ne devrait pas pour autant menacer la légitimité des médecins. Ceux-ci verront conforté leur rôle en termes de stratégie thérapeutique, en chirurgie, dans la recherche et, bien sûr, dans l’accompagnement humain des patients.
De sorte que, en plus de leur savoir-faire « classique », un grand nombre de professionnels devront acquérir une solide maîtrise des technologies de la robotique ou de l’IA, allant parfois jusqu’au paramétrage de ces machines. Ils’agira également de développer des compétences d’analyse globale afin d’être en mesure d’articuler et de donner du sens à la fois aux données et à des informations plus traditionnelles. Ainsi, le leader ou project manager d’un futur pas si lointain devra évoluer entre environnement réel et virtuel, entre indicateurs data (froids) et indicateurs humains (chauds), entre collaborateurs humains et machines ou bots. Il deviendra un chef d’orchestre à même d’harmoniser ce « travail d’équipe homme – machine », tout autant qu’une boussole pour la prise de décision.